jeudi 9 juin 2011

Le cumul des mandats : une pratique extrêmement coûteuse pour la République


On ne le dira jamais assez : Droite et Gauche se dé-crédibilisent de plus en plus face à leur refus de bannir le cumul des mandats dans leurs pratiques. Même les Verts ont arrangés leur bidons pour justifier politiquement le cumul de certains de leurs cadres tant au niveau national que local alors que cette formation faisait du non-cumul un pilier nécessaire pour le changement des pratiques politiques il y a encore 6 ans de cela.

Député, maire, président d'une communauté d'agglomération, ils prétendent pouvoir assumer l'équivalent du travail de trois temps-plein par mois. Question d'organisation, et d'efficacité aussi. Car pour justifier le cumul des mandats, les responsables politiques avancent tous le même argument : assumer plusieurs fonctions est un bon moyen pour rester au contact de la réalité, en cumulant fonction nationale et mandat local. Sauf que le cumul des mandats est une exception française, et les autres démocraties européennes fonctionnent aussi bien avec des responsables politiques qui n'assument qu'une seule fonction.

Le cumul des mandats est une pratique généralisée au sein de la classe politique française. Sur les 30 membres du gouvernement Fillon, 21 cumulent leur fonction nationale avec un ou plusieurs mandats locaux. Les députés cumulent aussi avec au total, 90% des députés cumulent leur fonction nationale et un mandat local. Même les élus locaux, qui n'ont pas de responsabilité à l'échelle nationale, cumulent les mandats. Certains maires sont aussi présidents de la communauté d'agglomération et conseillers généraux.

Un maire d'une ville de 30 000 habitants gagne 3 350 € Un président d'une communauté d'agglomération gagne environ 4 000 € par mois. Le salaire d'un député est de 5 126 €. Celui d'un ministre est de 13 471 €. A chaque fois, il y a des indemnités censées couvrir les frais liés à la fonction. Un ministre touche une allocation de frais d'emploi de plus de 6000 €, les députés perçoivent une indemnité de frais de mandat de 6 223 €. Et un élu local peut se verser une indemnité de frais d'emploi de 949 €.

Quand un responsable politique cumule les mandats, il cumule les salaires et les indemnités. Un député-maire, président d'une communauté d'agglomération pourra ainsi cumuler plus de 14 000 € par mois en salaire, (hors frais divers de 6000 €) frais divers. Pour tenter de limiter cette dérive, un plafond a été instauré en 1992 : les responsables politiques ne peuvent cumuler plus de 8 100 euros, auxquels s'ajoutent 949 € de frais d'emploi et 6 123 € de frais de mandat. S'ils ne respectent pas ce plafond, l'infraction est considérée comme un délit et des peines de prison avec sursis peuvent être prononcées. Mais les contrôles et les poursuites sont assez rares et la loi de 1992 a prévu un dispositif bien curieux : si un homme politique dépasse le plafond de 8 100 €, il peut désigner un de ses collègues pour lui reverser le trop plein perçu...

La solution au cumul des mandats passe assurément par l'instauration du mandat unique, précédée d'une étape très restrictive sur les types de mandats cumulables. 

En corollaire, pour l'exercice des mandats locaux, on ne pourra se dispenser longtemps encore de l'élaboration d'un véritable statut de l'élu territorial. Qui devra inclure l'inéligibilité définitive de tout élu ayant été condamné dans le cadre de ses fonctions, notamment pour corruption, abus de biens sociaux ou enrichissement personnel. 

Caïn

Sources: 
- http://www.politique.net/2008082401-le-cumul-des-mandats.htm 
-http://www.vivre-libre.info/blog,le-cumul-des-mandats-une-honte-pour-notre-republique,991556255.html
- http://castronovo.canalblog.com/archives/2009/10/08/15349359.html

mercredi 8 juin 2011

Sea Shepherd

L’organisation Sea Shepherd Conservation Society a été fondée en 1977, à Vancouver (Canada), par le capitaine Paul Watson. Elle a pour but la protection et la conservation des mammifères marins et ses premiers objectifs furent de mettre un terme aux activités illégales de chasse à la baleine et de chasse aux phoques.

Grâce au soutien financier de Cleveland Amory, du « Fund for Animals », l’organisation pu acquérir un premier navire, le « Westella », un chalutier de l’Atlantique Nord acheté à Hull (GB). Rebaptisé le « Sea Shepherd », sa première mission fut d’interférer dans la chasse aux bébés phoques pratiquée annuellement dans les glaces du nord-est canadien.

La même année, en 1979, le Sea Shepherd pourchassa le Sierra, baleinier pirate tristement célèbre. Après avoir été éperonné en mer, le Sierra fut coulé dans le port de Lisbonne (Portugal), fait marquant la fin de la carrière de ce fléau des mers.

Le succès tant de la campagne au Canada que de la mise hors d’état de nuire du Sierra marqua le début des 160 missions de Sea Shepherd en haute mer, là où seule l'association fait respecter le droit international.

Aujourd’hui, encore plus qu’hier, Sea Shepherd continue à sillonner les mers afin de faire respecter les traités, lois et conventions signés par les gouvernements.

Sea Shepherd est dédiée à l’éradication de la chasse à la baleine, du braconnage et du commerce d’ailerons de requin. L’organisation essaye d’empêcher la destruction des habitats marins et lutte contre la violation du droit en vigueur dans les eaux du monde entier.

Ainsi, en s’appuyant sur la Charte Mondiale pour la Nature des Nations Unies, Sea Shepherd est amenée à aider certains corps nationaux et internationaux à faire respecter le droit en mer.

http://www.seashepherd.fr


source : https://www.facebook.com/home.php#!/group.php?gid=61918599059&v=info

vendredi 3 juin 2011

Le Nord au Sud

 Si, il y a cent ans, quelqu'un avait dit que le Nord pourrait devenir le Sud, et vice versa, il serait certainement passé pour un imbécile. Au début du siècle , on avait établi que le magnétisme naturel de certaines roches était différent du magnétisme contemporain. On en déduisit que l'orientation du champ magnétique terrestre avait été autrefois différente: le Nord et le Sud avaient effectivement changé de places.



Le champ magnétique terrestre s'inverse durant des périodes allant de la dizaine de milliers à de nombreux millions d'années, avec un intervalle moyen de 250 000 ans environ. La dernière modification est peut-être survenue il y a 780 000 ans. Ce dernier changement a été nommé l'inversion Brunhes-Matuyama.
 
Les inversions passées sont gardées en mémoire dans la polarité des roches magmatiques s'étant répandues de manière symétrique autour des rifts océaniques. En effet, ces rifts déversent de la lave à un taux relativement constant, ce qui donne de larges bandes sol océaniques dans lesquelles on peut lire la direction de ce champ. Au moins une fois durant l'histoire de la Terre, le champ magnétique a gardé une direction constante pendant 30 millions d'années.


Aujourd'hui, le champ géomagnétique total diminue. Cette détérioration a commencé il y a approximativement 150 ans et s'est accélérée ces dernières années. Depuis, la force du champ magnétique terrestre a décru de 10 à 15 %. Cependant, personne n'est sûr que la diminution de ce champ continuera dans le futur. Comme jamais personne n'a observé ces inversions et comme le mécanisme de génération du champ magnétique n'est toujours pas bien compris, il est difficile de dire si les variations observées sont les signes d'une nouvelle inversion.


Les scientifiques russes estiment qu'en cas de changement du champ magnétique, la protection de la Terre contre les radiations commencera à faiblir: "d'abord, des à-coups se produiront dans le fonctionnement des systèmes sensibles, à commencer par les téléphones mobiles. Les satellites tomberont en panne. Mais, avant cela, il faudra mettre fin aux vols spatiaux habités. Ensuite, les rayonnements spatiaux et solaires agiront sur le génome des organismes qui vivent sur la Terre: certains mourront, d'autres subiront de nombreuses mutations. Compte tenu des éruptions solaires qui s'accompagnent de puissants flots de particules chargées, il est probable que, bien avant la disparition totale du champ magnétique, toute vie sur Terre soit devenue impossible".

Le développement des processus susmentionnés est dangereux surtout pour les systèmes informatiques, sans lesquels l'économie contemporaine est inconcevable. L'humanité subit déjà d'immenses pertes à cause de l'influence des tempêtes magnétiques suscitées par l'activité solaire. Avec l'affaiblissement du champ magnétique terrestre, l'intensité des tempêtes magnétiques s'accroîtra, ce qui paralysera, par exemple, les liaisons aériennes: puisque les ordinateurs de bord ne fonctionneront plus.

En outre, les vols en avion seront dangereux pour les voyageurs. L'influence des radiations est aujourd'hui de plus en plus sensible dans les couches supérieures de l'atmosphère, moins denses. Ce n'est pas par hasard qu'en 2000, une directive de l'Union européenne a rangé les pilotes et personnels de bord dans les catégories à risque du point de vue de l'exposition aux radiations. Pour l'instant, la force du champ magnétique de la Terre nous protège pendant les vols, mais qu'en sera-t-il à l'avenir?

D'autre part, les scientifiques ne savent pas encore à quel point les processus en cours concernant le champ magnétique de la Terre sont réversibles. En effet, personne n'est parvenu à expliquer pourquoi il y a eu des périodes, dans l'histoire de la Terre, où les pôles magnétiques n'ont pas changé pendant 50 millions d'années d'affilée. Peut-être, donc, que nous y échapperons cette fois aussi...


sources : http://fr.wikipedia.org et  www.notre-planete.info

mercredi 1 juin 2011

Sur ma tombe...

Où on était quand on était ensemble ? 
Qui étais-tu ? 
Qui a vécu avec moi? Marché avec moi ? 
De la lumière aux ténèbres. De l'amour au conflit. 
Ce sont les oeuvre d'un seul esprit ? 
Les traits d'un même visage ? 
Oh, mon âme, recueille-moi maintenant. 
Regarde à travers mes yeux les choses que tu as créées. 
Tout est lumineux...

Vocabulaire fondamental en politique à réviser…


République 
Forme de gouvernement où le chef de l’Etat n’est pas le seul à détenir le pouvoir qui n’est pas héréditaire.

Démocratie
Forme de gouvernement dans laquelle l’autorité suprême appartient au peuple.

Socialisme 
Doctrine d’organisation sociale qui entend faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers, au moyen d’une organisation concertée.

Libéralisme 
Doctrine selon laquelle la liberté économique, le libre jeu de l’entreprise ne doivent pas être entravés, respect à l’égard de l’indépendance, des opinions d’autrui.

Radicalisme 
Doctrine des partisans de réformes modérées, laïques et démocrate. Qui veut agir sur la cause profonde de ce que l’on veut modifier !

Ecologie 
Doctrine visant à un meilleur équilibre entre l’homme et son environnement naturel ainsi qu’à la protection de ce dernier.

Mondialisme 
Doctrine visant à constituer l’unité politique du monde.

Extrémiste 
Partisan d’une doctrine poussée jusqu’à ses limites, ses conséquences extrêmes.

Utopie 
Vu politique et sociale qui ne tient pas compte de la réalité

Racisme 
Théorie selon laquelle il existerait une hiérarchie des races, discrimination, hostilité violente envers un groupe humain.

Respect 
Sentiment qui porte à accorder à quelqu’un de la considération en raison de la valeur qu’on lui reconnaît.

Tolérance 
Attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi-même, fait de respecter la liberté d’autrui en matière d’opinions.
 
Éclectisme
Disposition d’esprit qui emprunte des éléments à plusieurs systèmes.

Objectivité 
Caractère de celui qui fait une description de la réalité (ou d’un jugement sur elle) indépendante des intérêts, des goûts, des préjugés de celui qui la fait.

Centre 
Point intérieur doué de propriétés actives, dynamiques, là où des forces sont concentrées. Lieu caractérisé par l’importance de ses activités, de son influence. 

(Ok ok ok, il y a quelques définitions un peu orientées ;-)

Caïn

mardi 31 mai 2011


La 25ème heures film de Spike lee
Monologue devant le miroir :
La scène d'anthologie d'Edward Norton lançant des "fuck you" face à lui-même.

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Stig DagermanJe suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.
Qu’ai-je alors entre mes bras ?

Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.

Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !

Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon. L’idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours.

Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient.

Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !

Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut nous faire oublier !

Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !

Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !

Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !

Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.

Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.

Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.

Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?

Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.

Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie.

Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.

Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.

Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire.

Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?

Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.

Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre. 

Stig DAGERMAN (1923-1954)
Traduit du suédois par Philippe Bouquet

lundi 30 mai 2011

Bienvenue dans l’Anthropocène : l'âge de l'homme

"Nous sommes entrés dans l'anthropocène, c'est-à-dire une ère au cours de laquelle l'homme prend le contrôle de l'environnement de la planète, en 1784, date à laquelle James Watt a breveté la machine à vapeur. Le terme a été créé par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen en 2000. Aujourd'hui, il est utilisé par une grande partie de la communauté scientifique et pourrait être officiellement ajouté au tableau des temps géologiques à l'occasion du prochain congrès international de Brisbane, en Australie, en 2012."
Livre : Voyage dans l'antropocène

C'est la fin d’un monde, le monde dans lequel nous avons vécu ces dernières années...L'anthropocène succèderait ainsi à l'holocène qui avait commencé il y a dix mille ans...

L'anthropocène est un terme créé et utilisé pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, période à partir de laquelle l'influence de l'Homme sur le système terrestre serait devenu prédominante.

L'anthropocène est un néologisme (du grec anthropos, être humain)  qui présuppose que les activités anthropiques seraient devenues la contrainte dominante devant toutes les autres forces géologiques et naturelles qui jusque là avaient prévalu ; l'action de l'espèce humaine serait une véritable force géophysique agissant sur la planète.

L’Homme a en effet acquis la capacité de modifier son environnement à grande échelle, notamment via :
  • la déforestation
  • les forêts artificielles
  • l'agriculture
  • l'urbanisation
  • la fragmentation écologique
  • la réduction ou destruction des habitats
  • la surpêche
  • la pollution
  • le déstockage de ressources fossiles enfouies (charbon, pétrole, gaz naturel…) ;
  • etc...
L'impact de ces modifications, des prélèvements et des rejets humains l'emporterait sur les facteurs et fluctuations naturels, en particulier au niveau du climat planétaire et des grands équilibres de la biosphère. 

Elle se caractérise par le réchauffement de l’atmosphère, l’instabilité des grands équilibres, l’extinction ou la migration de nombreuses espèces vivantes et la généralisation des monocultures.

« Les sociétés sont directement influencées par le climat et sa variabilité selon des modalités que nous commençons seulement à comprendre. Tout aussi important est le fait que les politiques et les pratiques sociales, et les décisions et comportements particuliers des individus et des groupes sociaux dans le temps et dans l’espace, ont et continueront d’avoir un effet crucial sur le climat de la planète. Dans ce contexte, le climat, ainsi que sa transformation, est devenu un élément qui influence les plans et les politiques des pays, les espoirs et les craintes des individus »
Livre : Comprendre le changement climatique"


Autres sources:
www.contretemps.eu / www.scienceshumaines.com / www.terraeco.net / ecologie.blog.lemonde.fr / fr.wikipedia.org