jeudi 23 janvier 2020

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde - Albert Camus


"Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer à partir de ses seules négations un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. Il n'est pas sûr qu'elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que, partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l'occasion, sait mourir sans haine pour lui. C'est elle qui mérite d'être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C'est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l'honneur que vous venez de me faire."

-  Extrait du discours de Stockholm par Albert Camus -
10 décembre 1957 - L'écrivain reçoit en Suède le prix Nobel de littérature.

mardi 27 août 2019

Sur ma tombe : Les Années


" Toutes les images disparaitront […] Les images réelles ou imaginaires, celles qui suivent jusque dans le sommeilles. Les images d’un moment baignées d’une lumière qui n’appartient qu’à elles.

Elles s’évanouiront toutes d’un seul coup comme l’ont fait les millions d’images qui étaient derrière les fronts des grands-parents morts il y a un demi-siècle, des parents morts eux aussi […]. Et l’on sera un jour dans le souvenir de nos enfants au milieu de petits-enfants et de gens qui ne sont pas encore nés. Comme le désir sexuel, la mémoire ne s’arrête jamais. Elle apparie les morts aux vivants, les êtres réels aux imaginaires, le rêve à l’histoire […].

Tout s’effacera en une seconde. Le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit s’éliminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. De la bouche ouverte il ne sortira rien. Ni je ni moi. La langue continuera à mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d’une table de fête on ne sera qu’un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu’à disparaître dans la masse anonyme d’une lointaine génération."

- "Les Années" par Annie Ernaux aux éditions Gallimard Parution 2008 -
Adaptation de la citation de fin du film "Guy" réalisé par Alex Lutz sorti en 2018
 

jeudi 1 août 2019

Si tant est qu'ils le voient tout court



"- C'est des conneries, et c'est pas des façons d'élever une enfant, de faire comme si le monde touche à sa fin, simplement parce que tu préférerais qu'il en soit ainsi.
 - Pas des façons d'élever un enfant ? Si tu n'es pas convaincu que le monde va mal, papa, c'est que tu ne regardes pas autour de toi. [...] Comment on a pu faire naitre Julia dans un monde aussi merdique ? [...] Comment tu veux élever une enfant en compagnie de tous ces connards égocentriques qui ont détruit et gâché le monde dans lequel elle aurait dû grandir ? Et qu'est-ce qu'elle pourra jamais comprendre à ces gens-là ? Rien. Aucune négociation n'est possible. Aucune alternative. Ils tuent le monde et ils continueront, et ils ne changeront jamais, et ils ne s’arrêteront jamais. Rien de ce que je peux faire, de ce qu'elle peut faire, ne les fera changer d'avis, parce qu'ils sont incapables de penser, de concevoir le monde comme une entité en dehors d'eux-mêmes. Si tant est qu'ils le voient tout court, ils estiment que ce monde-là leur est dû. Et tu me dis que ma rage envers ces gens-là, envers cette société, ce sont des conneries ? ..."


- My Absolute Darling par Gabriel Tallent aux éditions Gallmeister. Parution 2018 -

jeudi 12 octobre 2017

Vernon Subutex



"Chaque ligne qu'on se met dans le nez il faut penser qu'on sniffe le narcotrafic, le capitalisme le plus gore qu’on puisse imaginer, on se met dans le nez le corps des paysans qu'il faut maintenir dans la misère pour qu'ils n'augmentent pas les tarifs, on se met dans le nez les cartels et la police, les milices privées, les exactions des Kaibiles et la prostitution qui va avec... les mecs tranchent les têtes à la tronçonneuse. C'est l'argent de la cocaïne qui a sauvé les banques, tout le système ne sert qu'à blanchir cet argent. Tu sais où elle a été inventée cette drogue ? En Autriche. ne me dis pas que tu ne vois pas où je veux en venir. C'est la seule drogue qui n'ait aucune spiritualité; Avec sa petite cousine, le crack. Même le MDMA te rapproche de Dieu. Il n'y a que la coke qui t’engraine autant, et qui se contente de te rendre beaucoup plus con que tu ne l’étais au départ."


- Vernon Subutex par Virginie DESPENTES au éditions Livre de Poche. Parution 2015 -

mercredi 6 septembre 2017

Farallon Islands




"Il existe deux catégories de personnes dans le monde : Les chasseurs d'œufs et les gardiens de la lumière. Le moteur des premiers est le désir de possession et l'avarice. Celui des autres est la curiosité et le respect. Les chasseurs prennent tout ce qu'ils peuvent prendre, sans penser aux conséquences. Les gardiens de la lumière prennent ce dont ils ont besoin, sans plus. Les chasseurs veulent avoir. Les gardiens veulent être."


"Une photo est une représentation en deux dimensions, comme un tableau ou une esquisse, organisée avec attention, cadrée, découpée. C'est le monde tel que se le représente l'artiste plutôt que tel qu'il est. Le photographe peut choisir les images qui seront incluses dans une série ; celles-ci peuvent être sélectionnées ou mises de côtés selon un critère préétabli, puis organisées en sorte que dans un ensemble donné elles suggèrent un certain récit."


- Farallon Islands par Abby GENI au éditions Actes Sud. Parution 2016 -


(Les îles Farallon sont un archipel de Californie, à une quarantaine de kilomètres au large de la ville de San Francisco, dont elles dépendent administrativement. Au total ces 0,854 km2 abritent la plus grande colonie d'oiseaux des États-Unis hors Alaska et Hawaii. Autrefois exploitées pour les peaux d'otaries et les œufs d'oiseaux, un phare et une station de radio y furent installés. Ces îles sont maintenant protégées dans le cadre du Farallon National Wildlife and Wilderness Refuge - Source Wikipedia)

samedi 6 mai 2017

Le regret eu été de n'avoir pas fait ce qui pu être fait...


L'inconfort actuel est sans doute lié à une trop grande jouissance du confort et la prétention des Français de jouir assurément de la République et de la Démocratie. 

Ce qui est fait est fait et si tout devait s'arrêter là demain, le mieux serait de ne pas avoir de regrets.

Le regret eu été de n'avoir pas fait ce qui pu être fait...
Caïn


mercredi 26 avril 2017

Revue de presses & Cartons rouges




A l'ONU, l’Arabie saoudite devient membre de la Commission de la condition… de la femme !  

La Commission de la condition de la femme des Nations unies (CSW), qui promeut le droit des femmes partout dans le monde, compte un nouveau membre : l'Arabie saoudite. Pays où est notamment appliquée la charia et où chaque Saoudienne dépend d'un tuteur masculin (père, frère, mari...) pour vivre, travailler, voyager...




Amnesty International dénonce la répression au Venezuela

Depuis début avril, l’opposition vénézuélienne multiplie les manifestations contre le président Nicolas Maduro, à Caracas et en province. La répression a provoqué la mort d’au moins 26 personnes, la plupart tuées par balles, attribuées aux « collectifs », des groupes paramilitaires partisans du régime. « Au Venezuela, la dissidence est interdite », dénonce Amnesty International, à l’occasion d’un rapport sur les détentions politiques arbitraires…




Être homosexuel en Tchétchénie veut dire la mort ou l'exil

Fin mars, une enquête du journal indépendant Novaïa Gazeta a révélé que les homosexuels sont la cible des autorités locales. Ces accusations sont d'autant plus prises au sérieux que les milices du président Ramzan Kadyrov sont accusées depuis des années d'exactions et d'enlèvements.

Selon le journal, les autorités ont arrêté plus de 100 homosexuels et incité leurs familles à les tuer pour "laver leur honneur", et au moins deux personnes ont été assassinées par leurs proches et une troisième est décédée d'actes de tortures.




Filteris ou l’échec cuisant du big data face aux sondages

L'entreprise Filteris s'est fait remarquer pendant la campagne présidentielle en publiant régulièrement ses mesures du « poids numérique » des candidats, qui plaçaient systématiquement François Fillon au second tour. Les données, relayées massivement par ses partisans, ont prouvé leurs limites face aux instituts de sondage, qui ne se sont pas privés de lui faire remarquer une fois les résultats connus...

lundi 24 avril 2017

Vers où marcher…



Hier soir, une page s’est tournée dans l’histoire politique française, les deux grands partis historiques, à savoir l’UMP et le PS ne se sont pas qualifiés pour le second tour des élections présidentielles. L’un réalise un score très en dessous de celui des dernières élections de 2012 et l’autre subit une effarante débâcle, jamais vue depuis bientôt 50 ans... Dans le quatuor de tête, on retrouve deux candidats se présentant sans parti, mais sous l’égide de mouvements créés pour ces élections.

Emmanuel Macron, le plus jeune candidat de l’histoire à accéder au second tour d’une élection présidentielle en France, prend la tête du scrutin avec un score, certes, modéré, eu égard aux précédents suffrages, mais totalement inédit pour un mouvement naissant et prônant une refonte de la vision des clivages politiques gauche/droite en place.

Jean-Luc Mélenchon, longtemps dans les rangs du PS et désormais à la tête de la France insoumise (donné il y a encore quelques mois en dessous des 10 % dans les sondages) a réalisé en fin de campagne une remontée inespérée en prenant la tête de l’idéologie de gauche sur les ruines d’un parti dominant déserté par ses pairs.

Dans ce second tour, et donc mathématiquement second parti de France, on retrouve le Front National aux extrêmes de la droite prônant le national-conservatisme, l’opposition à l'immigration et à la mondialisation, partisan des doctrines souverainistes, eurosceptiques et étatistes. En 2002, le père de l’actuelle présidente du parti avait déjà passé ce cap, en raison d’une division de la plupart des autres partis qui n’avaient alors pas su s’écouter. Cette année, la donne n’est plus vraiment la même, car, cette fois, c’est par adhésion que la fille, Marine, passe la première étape avec un score plus ou moins équivalent mais supérieur à ceux des autres partis en tête des suffrages.

Que faut-il tirer comme conclusions de ce premier tour ? Clairement, un rejet du système politique actuel avec des votes non plus contre, mais pour une fracture de l’état actuel des choses.

Depuis de nombreuses années, la France donne légitimité à un président avec grosso modo la moitié des voix des électeurs ; le gagnant, ne se distinguant, sauf scrutins exceptionnels, de l’autre que de quelques pourcents. Hier, sur 46 Millions d’inscrits sur les listes électorales et seulement 36,5 millions de votants, 8,5 ont donné leurs voix à M. Emmanuel MACRON, 7,6 à Mme Marine LE PEN, 7,1 à M. François FILLON et 7 à M. Jean-Luc MÉLENCHON.

Les chiffres, à l’instar, des pourcentages nous permettent, eux, de mieux visualiser la division toujours présente de la France d’aujourd’hui, et cela, même si elle évoque clairement un souhait de s’inscrire désormais dans une nouvelle distribution des forces et orientations politiques. Le président qui sera dans quelques jours au pouvoir ne sera à nouveau pas le choix de plus de 80 % des Français… Par conséquent, on le constate, cette majorité de « perdants » ne sera une nouvelle fois pas satisfaite.

La charge de ce nouvel élu, sans grand doute Emmanuel Macron, sera donc de créer cette mutation et réunir enfin la majorité de déçus dans un nouveau système politique pour tenter de faire avancer les choses et nous emmener cette fois-ci vers un vrai changement que l’on nous avait promis... Créer une mouvance transpartisanne qui sera à la fois de droite et de gauche et devra traiter objectivement les sujets de société et l’intérêt que nous devons collectivement y apporter afin d'offrir au peuple français la possibilité d’agir sur la cause profonde de ce que l’on souhaite modifier, et cela, grâce à des reformes modérées, laïques et démocrates.

Ce premier tour est ainsi parce que la droite est entrée dans le rang d’un homme qui n’a pas su, le jour où ses manquements ont été révélés, laisser sa place et a conduit à la perte son propre parti dans un combat autodestructeur. Il est ainsi parce qu’une primaire a mis en place à gauche un homme frondeur plébiscité par les partisans d’un parti en perdition après un mandat épouvantable de son chef, et qui a été ensuite affreusement décrié par d’amers perdants, déclenchant alors un inexorable suicide collectif. Si ces deux grands partis ne s’étaient pas infligés le coup de grâce en appuyant sur les désordres liés à un système politique d’un autre temps et à une utilisation nébuleuse des mandats qui leur ont été confiés, et que le peuple ne souhaite aujourd’hui plus, il est très probable que ces deux-là eussent été qualifiés encore une fois au second tour en distançant d’une courte tête les autres prétendants.

Nous sommes donc inexorablement à l’aube de ce qui peut être une nouvelle ère politique française. Pour cela Emmanuel Macron devra arriver à créer, et ce sera certainement le plus dur dans les prochaines étapes qui lui font face, une majorité législative. Celle-ci devra absolument pour mener à bien son projet être robuste, homogène et solidaire. Elle devra savoir dépasser ses racines idéologiques et pouvoir aller vers l’autre dans l’intérêt premier du peuple et non plus uniquement dans celui de ses propres partisans.

Il est temps de prendre en compte le fait que notre société n’est pas une société blanche ou noire, de gauche ou de droite, faite uniquement de croyants ou d’athées, de riches ou de pauvres... Nous sommes une diversité d’hommes et de femmes tous différents, avec une façon de voir, de vivre ou de subir la vie de façons différentes. Il n’y a pas une solution à un problème, mais des solutions, auxquelles nous devons trouver ensemble les bons compromis et les meilleures adaptations afin de les convertir en une réponse qui de toute évidence ne pourra pas satisfaire l’ensemble du peuple, mais devrait lui permette d’avancer sur le même chemin et vers un même objectif.

Caïn